Expédition 7ème continent : quand le plastique colonise mers et océans

Juin 2017. Depuis le ponton, je vois un goéland se poser sur l’eau dans le port. Il a une collerette de plastique (un sac à provisions) autour du cou. Au moment de s’envoler, il s’empêtre dans le sac qui lui emprisonne les ailes et se débat jusqu’à s’épuiser. Après des efforts désespérés, il se débarrasse de son piège et finit par décoller.

Juillet 2017. L’Amadeus est amarré au quai. C’est un magnifique ketch de 1910. Trente-cinq mètres pour deux cents tonnes, il a derrière lui un fier passé de pêche à la morue en mer Baltique et Terre Neuve. Depuis quelques années, il coule des jours paisibles en Méditerranée, et plus particulièrement à Sète où il a élu domicile.

Cet été, il faisait le tour des ports et plages d’Occitanie et du Pays Catalan pour sensibiliser le public au problème des déchets plastiques rejetés en mer, une cause portée par l’association Expédition 7ème Continent et son initiateur Patrick Deixonne.

Patrick est originaire de Sigean dans l’Aude et a grandi les pieds dans l’eau de l’étang du même nom. Après une carrière chez les sapeurs-pompiers de Paris, il s’installe en Guyane. La mer, c’est son univers et l’une de ses passions. Découvrir, il aime ça. Il est d’ailleurs membre de la prestigieuse Société des Explorateurs Français.

En 2009, lors d’une traversée de l’atlantique à la rame entre Dakar et la Guyane, il se retrouve englué dans une mer de plastique et de déchets de toutes sortes. Arrivé à destination, il se renseigne sur ce phénomène déjà décrit par l’Américain Charles Moore qu’il rencontre ; il découvre alors que les territoires concernés sont immenses (six fois la taille de la France pour 30m de profondeur par endroit). Mais en France, aucune expédition ne s’était alors spécifiquement intéressée à cette question-là. Il décide alors d’approfondir le sujet et de sensibiliser l’opinion à travers une association.

Expédition 7ème Continent est née. Elle a pour but d’étudier et analyser l’ampleur de la pollution marine par les déchets plastiques, en collaboration avec des scientifiques et des experts, de sensibiliser l’opinion publique sur ces phénomènes et de proposer des solutions. Mais d’où vient ce nom et que représente vraiment cette pollution ?

Alexandra Ter-Halle, scientifique du CNRS et rattachée à l’université Paul Sabatier à Toulouse fédère les recherches organisées par l’association ; elle explique sur leur site internet l’origine du nom : « Cette appellation vient de l’étendue de ces zones, de la taille d’un continent, et non du fait que l’on peut marcher dessus. En fait, le 7ème continent ressemblerait plutôt à une soupe de plastique. Les déchets plastiques déversés dans la mer entament une longue dérive.
 Sous l’effet de la rotation de la Terre, les courants marins créent ce que l’on appelle des gyres océaniques. Ces énormes tourbillons tournent dans le sens des aiguilles d’une montre dans l’hémisphère Nord, et en sens inverse dans l’hémisphère Sud. Tôt ou tard, les déchets plastiques se retrouvent piégés dans ces gyres. Les 5 principaux gyres se trouvent dans l’Atlantique Nord et Sud, le Pacifique Nord et Sud et dans l’océan indien. »

 

gyres.png
Les 5 principaux gyres  (image issue du site Expédition 7e continent)

 

Ces plastiques vont se décomposer au cours du temps pour atteindre des tailles de plus en plus petites, passant du macrodéchet (visible à l’œil nu) au microdéchet (quelques mm, voire moins : micro et nano particules). Ces matériaux peuvent causer une mort immédiate (oiseaux ou tortues pris dans des sacs en plastique), mais aussi être absorbés et se retrouver ainsi dans la chaîne alimentaire jusque dans nos estomacs.

Guyavoile-e1453406583962.png

Depuis 2013, l’association organise des expéditions pour mieux connaître les gyres : celui du Pacifique nord a été exploré en 2013, celui de l’Atlantique nord en 2014 et 2015, celui situé dans le Golfe de Gascogne (gyre secondaire) en 2016. Les recherches coordonnées par Alexandra Ter-Halle ont mobilisé à ce jour 80 chercheurs issus de 13 laboratoires différents. Les résultats obtenus ont donné lieu à plusieurs publications scientifiques.

 

Micro_Coupelle.jpg
Prélèvement (image issue du site Expédition 7e continent)

 

Alors, ce constat étant fait, quelles solutions apporter ? Le nettoyage des gyres paraissant aujourd’hui impossible à réaliser, l’association se tourne plutôt vers la prévention pour éviter l’amplification du phénomène. Ou dit autrement, elle préconise de fermer le robinet (à ordures) avant de se préoccuper de les collecter. La quasi-totalité des déchets provenant de la terre, c’est par des actions de communication que passera entre autres le changement de comportement. D’où l’autre objectif majeur : la sensibilisation du public et particulièrement des jeunes au travers de journées pédagogiques régulièrement organisées. La BD Le monstre de plastique dessinée par Dominique Sérafini (un ex de BD7EC.jpgl’équipe Cousteau qui a déjà mis en BD les aventures de l’homme au bonnet rouge) est un bel exemple de communication. Une autre piste consiste à valoriser les résidus de plastique pour les transformer. Car si ces déchets pouvaient être rachetés et réutilisés, nul doute qu’ils ne seraient pas autant abandonnés.

On voit bien que cela passe par des prises de conscience individuelles et collectives, IMG_0201.JPGpuisque cela va du sac plastique jeté dans la rue (que l’on retrouvera dans une rivière, puis à la mer) jusqu’à la gestion des ordures et rejets par les communes ou les sociétés.

 

 

 

A titre d’exemple, l’embouchure de la Têt (fleuve qui passe à Perpignan et se jette en mer au nord de Canet) que j’avais photographiée il y a quelques années est édifiante.

PA311802.JPG
Embouchure de la Têt en 2011

Quels sont les projets de l’association ? Poursuivre les actions de sensibilisation : elle sera présente dans les collèges, lycées et université du sud de la France l’année prochaine. Par7E_CONTINENT-006.jpg ailleurs, un bateau monocoque de 28 mètres est actuellement en cours de rénovation. Il sera particulièrement adapté aux prochaines campagnes d’Expédition 7ème Continent. Sa mise à l’eau est prévue au printemps prochain et son port d’attache devrait être Marseille.

Alors en conclusion (provisoire) de cet article, je me dis que si le constat de la situation actuelle est réellement consternant, savoir que de plus en plus de gens y sont sensibles et que certains s’engagent complètement pour changer cette situation est tout à fait encourageant.

Note : certaines photos de cet article proviennent du site internet de l’association et sont publiées avec leur accord. Celles des expéditions sont l’œuvre de Vinci Sato, photographe chargé des reportages et documentaires d’Expédition 7ème Continent.

Plus d’informations sur les actions, l’actualité de l’association et les différentes façons de les aider sur leur site internet :

http://www.septiemecontinent.com/

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s