Le Lydia, paquebot des sables, symbole du Barcarès et de la démesure des années 60’

Impossible de le manquer. Quand on est au Barcarès, la silhouette du Lydia se remarque de loin. Le touriste non averti s’approchant du paquebot aura la surprise de découvrir que ce navire de 90 mètres est aujourd’hui posé sur la plage. Au mois de juin dernier, la municipalité fêtait le 50ème anniversaire de son arrivée. Le paquebot des sables allait devenir l’étendard de la station et au-delà, un emblème de la Mission Racine, cette opération conduite dans les années 60 et qui allait transfigurer avec des moyens démesurés le littoral languedocien et catalan.

Il y a un demi-siècle, Le Barcarès n’était qu’une bande de sable entre mer et étang. Les pêcheurs de Saint-Laurent-de-la-Salanque y avaient construit quelques cabanes de sénils dans lesquelles ils s’abritaient après avoir tiré leurs barques sur le sable. Ils pêchaient alors au bœuf ou au sardinal. Au milieu du 19ème siècle, quelque 300 habitants peuplaient un hameau qui se constituait progressivement. Des artisans, charpentiers de marine ou cordiers s’y installèrent également, ainsi qu’un premier hôtel. Au début du 20ème siècle, comme partout sur la côte, se développe un début de tourisme. Une ligne ferroviaire relie le village à Perpignan. Quelques estivants construisent des baraques hétéroclites (appelées vérandas) à côté des maisons de pêcheurs. En mars 1929, Le Barcarès s’émancipe de la tutelle de Saint-Laurent-de-la-Salanque et devient une commune à part entière. Le tourisme marche fort dans les années 1930, et le casino sur la plage connaît un vif succès. En 1939, un camp est dressé sur le sable pour accueillir les réfugiés de la Retirada : 60 000 personnes s’y entassent qui connaîtront, comme à Argelès, la faim, le froid, la maladie. Après-guerre, le village somnole doucement jusqu’à la création de la Mission Racine : le Barcarès, associé à Leucate, fait partie des sites retenus dans le cadre de l’aménagement du littoral.

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Architecture Candilis du Barcarès

Sous la houlette de l’architecte Georges Candilis choisi pour donner vie à cette station, on commence les travaux par le port qui est creusé dans le grau Saint-Ange. Mais il faut pour cela se débarrasser de l’existant. On rase donc sans vergogne les cabanes de roseaux qui font tâche dans le paysage, et que les édiles et responsables d’alors considèrent avec un certain mépris. Pour créer cette nouvelle Floride, du passé faisons table rase ! Quelques années plus tard, on se souviendra quand même de l’histoire de la ville et l’on reconstituera un village de pêcheurs et sa cabane de bord de mer.

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Cabane de roseau et barque catalane

Mais la ville veut se doter d’un symbole fort qui renforcera son identité : ce sera le Lydia, le paquebot des sables.

Lancé au Danemark en 1931, le navire est d’abord exploité en Australie sous le nom de Moonta ; il passe sous pavillon grec en 1955 et prend son nom actuel, inspiré d’une ancienne province grecque d’Asie Mineure, la Lydie. Il effectuera des croisières en Méditerranée orientale jusqu’à la fin des années 1960 avant de rallier Marseille, où il sera désarmé et transformé. 

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Photo internet – source inconnue

 

Pour l’accueillir sur la plage du Barcarès, des travaux titanesques sont accomplis. Une drague va creuser sur la plage et en mer un chenal de 600 mètres de long et de 7 mètres de profondeur. Le sable aspiré est rejeté plus loin grâce à un long tuyau. Le 11 juin 1967, le paquebot arrive, tiré depuis Marseille par deux remorqueurs. L’opération de mise en place dure huit heures. Une forte tramontane fait craindre le pire, mais finalement le navire, halé par de puissants bulldozers, remonte le chenal et prend sa place. Le piège de sable se referme inexorablement sur le bâtiment désormais isolé de la mer. Le bassin dans lequel il se trouve sera remis en eau pour le déplacer le Lydia jusqu’à son emplacement final, puis il sera définitivement comblé.

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photo internet – source inconnue

 

Successivement casino, restaurant, boîte de nuit, il attire dans les années 1970 les stars françaises du show-business. On ne compte plus les émissions de télévision réalisées sur son pont. Par la suite, le paquebot passera de mains en mains et connaîtra quelques vicissitudes.

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Symbole aujourd’hui malgré lui d’une époque révolue où l’état avait les moyens de politiques volontaristes et démesurées, où la croyance dans le progrès s’accompagnait souvent de mépris et condescendance pour le passé, où le respect de la nature et des habitants du cru passaient souvent au second plan, il a été racheté en 2011 par la commune qui souhaite en faire sa figure de proue.

Il vit depuis un nouveau départ ; souhaitons-lui bon vent pour ce nouveau long voyage immobile.

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En lien : l’arrivée du Lydia au Barcarès : reportage de Pierre Dumayet pour le magazine : Cinq colonnes à la une

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