Les canaux du Midi (1/2)

C’est l’une des caractéristiques du littoral, en tout cas celui des basses plaines et des lagunes qui court de Canet jusqu’à la Camargue : il est sillonné d’un réseau de canaux que l’on ne remarque pas quand on passe un peu vite en voiture. Alors, prenons le temps de se perdre pour une petite balade au fil de l’eau entre étangs et salines, lagunes et rizières, le long de quelques-uns des canaux du Midi.

Commençons par le sud. Saint-Hippolyte est une charmante bourgade située à 2 kilomètres du point le plus méridional de l’étang de Salses. Non loin de la cave coopérative, le canal Paul Riquet conduit directement à la lagune. Cette voie d’eau estPC261910.jpg aujourd’hui le témoin d’une histoire oubliée. Peu après le traité des Pyrénées, Vauban décrète le creusement d’un canal reliant Port-la-Nouvelle à Saint-Hippolyte, et même peut-être Perpignan. L’idée est de pouvoir apporter si nécessaire troupes et matériels d’armement en cas de conflit avec l’Espagne. Confié à Riquet, le projet commence par ce tronçon de canal. Mais très vite, le risque de guerre s’éloigne et l’idée est abandonnée. Il en reste cette roubine le long de laquelle il est aujourd’hui agréable de flâner. Elle débouche tranquillement dans l’étang au lieu-dit la Font del Port, l’un de ces lieux rares et préservés que j’aime particulièrement.

 

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Etang de Salses, au débouché du canal Paul Riquet

 

Poursuivons vers le nord. Nous voici à Port-la-Nouvelle. À l’extrémité du chenal, juste avant l’entrée dans l’étang, sur la droite, débouche la Robine. Ce canal reprend à peu de chose près l’ancien cours de l’Aude qui traversait alors Narbonne pour se jeter dans l’étang de Bages. Lorsque ce fleuve capricieux décida au XIVème siècle de suivre le bras nord, son débouché actuel, Narbonne se trouva privée de sa voie d’eau naturelle qui reliait le port fluvial aux avant-ports situés tous dans la lagune. La commune décida alors de creuser ce canal. Un premier tronçon est réalisé au XVème siècle. L’ouvrage est prolongé jusqu’à l’Aude un siècle plus tard, puis jusqu’au Canal du Midi à la fin du XVIIIème siècle (appelé canal de jonction). Le dernier tronçon de la Robine, contournant Sainte-Lucie et débouchant directement dans le port, fut exécuté de 1798 à 1811, donnant au canal l’aspect que nous lui connaissons aujourd’hui.

 

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Carte du XVIIIè siècle (Archives Départementales de l’Aude) du dernier tronçon de la Robine contournant Sainte-Lucie (tracé en jaune) et permettant d’éviter la traversée de l’étang (en bas de carte)

Suivre ce canal est un enchantement.

 

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La Robine, circulant entre les étangs (vue depuis Sainte-Lucie)

Partant de Port-la-Nouvelle, il vous mènera d’abord à l’île de Sainte-Lucie, l’une des perles du littoral. Un peu plus loin, le cours d’eau serpente entre l’étang de Bages à gauche et celui de l’Ayrolle à droite, formant un chemin liquide au milieu des marais. Puis, peu après l’écluse de Mandirac se trouve le chantier naval Les Ateliers de la

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Rénovation du Miguel Caldentey en bord de Robine

Mémoire, créé en 1987 et animé par Yann Pajot. Il rénove actuellement le Miguel Caldentey, cette goélette espagnole (un pailebot), mise à l’eau en 1916, et qui fit pendant de longues années du transport d’agrumes, de céréales et de bois entre les Baléares et le continent. En suivant le cours d’eau, on atteint finalement Narbonne, le lieu-dit Les Barques avant de passer sous le pont des Marchands, l’antique passage de la Voie Domitienne. A pied, en vélo, en péniche, tous les moyens sont bons pour flâner le long de la Robine.

Non loin de là, à la pointe nord de l’île Sainte-Lucie se trouve le canal des Romains. De romain, il n’en a que le nom ; ceci dit, sa construction remonterait au XVème ou XVIème siècle, ce qui en fait l’un des plus anciens ouvrages maritimes du littoral.

 

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Le canal des Romains vu depuis Sainte-Lucie

Long de 270 mètres pour le quai nord, un peu moins pour la jetée sud, il a probablement été creusé pour permettre aux navires de passer de l’étang de Bages à celui d’Ayrolle. Difficilement accessible depuis la terre, j’aimais bien y entrer en bateau quand je naviguais dans l’étang de Bages. Là, j’imaginais ces barques des temps anciens s’amarrant le long du quai aux bittes d’amarrage rongées par le sel mais encore visibles.

Entre la Robine et Gruissan, toute la basse plaine narbonnaise se partage entre marais et rizières ; là, les étangs se remplissent et se vident au gré des caprices du vent, donnant lieu à des changements de paysages dignes des marées hautes et basses.

Cette zone humide est parcourue d’un réseau de petits canaux qui se rejoignent, se 05 décembre 044.jpgséparent, avant de finir invariablement dans l’un des étangs Gruissanais. On peut suivre ces canelets à pied ou en vélo et se perdre avec délice dans ce paysage aux couleurs changeantes avec l’heure du jour ou la direction du vent.

 

Je me souviens notamment d’une balade en kayak avec l’ami Denis, sur le canal de la Réunion lorsque, débouchant entre les roseaux sur l’étang de Campignol, nous eûmes droit devant nous le Canigou enneigé écrasant les étangs…Il y a des balades qui valent le déplacement…

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A suivre, l’Hérault et le Gard…

 

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6 réflexions sur “Les canaux du Midi (1/2)

  1. Odiù o tù l’amic!
    Cela me rappelle ton ouvrage « les étangs du Narbonnais » avec tout un tas de splendides photos, sans oublier, il y a un petit moment maintenant, une balade avec les enfants sur Sainte-Lucie, le vent, les amandiers, Gruissan, sa plage et ses huîtres au cabanon de tes parents …
    Que de bons souvenirs!
    Merci pour ce rappel littéraire et photographique.
    Tchao.
    Michel.

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  2. une superbe ballade commentée avec passion.Bientôt, le pailebot Miguel Caldentey retrouvera son milieu naturel
    pour revenir dans ses eaux catalanes à Port Vendres …ce moment là sera unique dans l’histoire du patrimoine navigant catalan entouré des barques latines…

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  3. Merci de rouvrir la porte à cette fascination pour les canaux, des eaux en somme sans naissance et sans fin, à la fois mortes et vivantes, dangereuses et aimables, immobiles comme un chemin et attirantes comme eux. Sur le chemin de halage de la Robine, à hauteur de la ferme de Craboules , près de la borne géodésique indiquant 1m, une stèle :
     » Ici un terrible accident
    fit périr dans les eaux
    Louise GAUTIER
    âgée de 26 ans et son
    jeune frère
    Maurice BERL EN
    10 Août 1841
    Passant que Dieu te protège »

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