L’Ange-Gardien, navire du corsaire agathois Claude Terrisse renait grâce à Michel Rézé

Claude Terrisse est l’une des grandes figures maritimes agathoises. Né à Agde en 1598, il est attiré par la mer de manière irrésistible. Est-ce le passé de commerçant de sa famille maternelle, les récits des capitaines venant des quatre coins de la Méditerranée ? Le fait est que dès qu’il le peut, il embarque comme mousse sur des navires de commerce. Il y apprend l’art de la navigation et se voit confier quelques années plus tard le commandement de l’Ange-Gardien, navire affrété par son beau-frère Jacques du Puget pour commercer en Méditerranée. Terrisse va armer le navire, afin de se protéger des pirates, mais aussi de pratiquer la course (muni d’une lettre de marque, il peut en temps de guerre arraisonner les navires des ennemis de la France). Il passe quelques années comme corsaire au service du duc de Savoie et obtient le commandement de plusieurs navires afin de pourchasser les pirates sévissant sur les côtes de Sardaigne. En 1635, Louis XIII et Richelieu engagent le royaume dans la guerre de trente ans, qui oppose entre autres la France à l’Espagne. Ils enjoignent Terrisse de revenir servir le royaume et l’aident à armer en guerre l’Ange-Gardien. Il va s’ensuivre de longues années d’expéditions, de batailles, de convoyages de navires marchands, de protection des côtes jusqu’à Barcelone et au delta de l’Ebre.

Buste de Claude Terrisse dans la ville d’Agde – Noter que vu qu’aucune représentation de Terrisse n’était connue, son visage a été représenté de façon tout à fait arbitraire

Sa carrière maritime terminée, Terrisse deviendra intendant général du Languedoc, remercié à plusieurs reprises par Louis XIV.

Il finira sa carrière politique à Agde où il occupera la fonction de premier consul.

A la fin de sa vie (il meurt en 1673), il décide de léguer l’ensemble de sa fortune à une charité, fondation qui aura pour but d’aider chaque année cinq jeunes filles nécessiteuses de la ville. Et de manière assez extraordinaire, cette aide perdurera jusqu’au milieu du XXème siècle, puisque l’on connait le nom de l’une des dernières bénéficiaires.

Près de trois siècles plus tard, un homme décide de redonner vie à l’Ange-Gardien. Cet homme, c’est Michel Rézé, installé à Agde depuis plus de 25 ans et bien connu pour avoir été le patron du Vieux-Crabe, cet ancien thonier de 1951 à bord duquel Michel embarqua des estivants pour des sorties inoubliables à partir du grau d’Agde.

Michel Rézé a connu plusieurs vies. Après avoir fait l’école de la marine marchande à Marseille d’où il sort diplômé Capitaine de première classe de navigation maritime, il passe une dizaine d’années à naviguer sur tous types de navires de commerce : rouliers, bateaux citerne, car-ferries, minéraliers, bateaux frigo, etc… sur lesquels il sillonne la Méditerranée, l’Atlantique et l’Océan Indien. Il ne compte plus ses passages du canal de Suez. Au milieu des années 80, il devient armateur. C’est en 1987 qu’il a le coup de cœur pour le Vieux-Crabe qu’il décide de convertir en bateau à passagers de caractère. En parallèle, il est enseignant au lycée de la mer à Sète. En 2003, il rachète un premier chantier naval situé dans la zone industrielle d’Agde, où il commence entre autres la construction de barques à rames traditionnelles. Puis en 2006, il fait l’acquisition de ce chantier historique centenaire sur les bords de l’Hérault où il travaille toujours. Sur ce lieu où se côtoyaient naguère les chantiers navals d’Agde (c’est d’ici que pendant des siècles sortirent de grosses unités de navigation), il y construit toujours des barques notamment pour les joutes provençales, fait la réparation de bateaux en bois, des restaurations (gabarre de Dordogne), des aménagements intérieurs, etc…

Dans son atelier qui sent bon la sciure, il vous parle membrure, calfatage, plats bords et hiloires au milieu de ces précieux outils de charpentier de marine.

Michel Rézé dans son atelier — L’Ange-gardien

L’Ange-Gardien, il y pensait depuis longtemps. Féru d’histoire maritime, il connaissait l’histoire de Terrisse. Il savait aussi qu’il n’existait aucune représentation de son bateau. L’idée lui vint alors, à défaut d’une reconstitution, d’avoir un navire qui serait plutôt une évocation. Il connaissait les dimensions du bateau corsaire, savait que c’était une pinque (une sorte de chebek) gréée évidemment en voile latine. Le concept consistait donc à trouver un vieux bateau en bois ayant les bonnes dimensions, et de le transformer pour qu’il ressemble le plus possible à ce que devait être l’original. Après de longues recherches, il finit par tomber sur la trace d’un ancien bateau de pêche au lamparo, Marguerite, construit à Sète en 1962 par le chantier de Joseph Stento à La Consigne, à la demande d’un pêcheur agathois (clin d’œil supplémentaire). Ce bateau servit donc à la pêche pendant une vingtaine d’année (il était amarré rive droite du grau d’Agde, à la Tamarissiaire). Puis il fut vendu et partit à Port-la-Nouvelle. C’est là qu’il fut rallongé de quatre mètres, lui donnant ainsi les dimensions parfaites pour devenir l’Ange-Gardien (24m hors tout, 4,20m de large). Il passa ensuite de mains en mains, fut un temps gréé en goélette avant de sombrer finalement dans le port de Leucate. Renfloué, il se préparait à une triste fin lorsque Michel le découvrit et l’acheta en 2015. Après l’avoir débarrassé des vingt centimètres d’épaisseur de moules qui recouvraient sa coque, il entreprit quelques travaux de consolidation en vue du transfert jusqu’à Agde. Ce qui fut fait, remorqué par le Vieux-Crabe lors d’une magnifique navigation tout à la voile l’hiver suivant. Au cours des deux années qui suivirent, quelques travaux urgents et nécessaires furent accomplis sur la coque. Mais ce n’est que lorsque le Vieux-Crabe fut vendu en mars 2019 que le chantier put réellement commencer.

L’Ange-gardien amarré au chantier de Michel Rézé

Et quels travaux : doubler les membrures, changer les bordés, les bauquières, les barrots, les plats bords, les hiloires de roofs ainsi que les cloisons intérieures. Après avoir posé les épontilles, Michel récupère des poteaux d’éclairage en bois de seize mètres pour les transformer en mâts. Plusieurs jours de rabotage seront nécessaires pour leur donner la forme adéquate. Puis viendra le temps des antennes, des voiles et de tous les types de cordages nécessaires. Des poulies que Michel avait achetées lors de puces nautiques et dont la plus ancienne affiche un bon siècle vont être utilisées.

Au final, le grand mât (mestre) portera 60m² de voilure, le trinquet (mât de misaine situé à l’avant) en soutiendra 40 tandis la mitjane (artimon) en portera une vingtaine. Une polacre (foc) pourra être rajoutée au vent portant.

Enfin, en août dernier eut lieu la première sortie du navire. Satisfaisante à bien des égards. Le bateau filant ses cinq nœuds dans un petit air de dix nœuds de vent. Il reste désormais à Michel quelques mois de travail pour finaliser l’intérieur et toutes ces petits riens qui au final représentent beaucoup. En cours de certification pour le transport de passagers (il pourra en embarquer dix-huit), il se prépare à une première saison de balades à la journée aux environs immédiats d’Agde. L’année d’après, ce seront des navigations un peu plus poussées que proposera l’Ange-Gardien, dans tout le Golfe du Lion. Il participera assurément à des rassemblements de vieux gréements où n’en doutons pas il fera sensation.

Et plus tard, pour une nouvelle vie, pourquoi pas envisager des navigations au long cours qui pourraient mener Michel et son épouse vers des horizons bien plus lointains…

C’est tout ce qu’on peut leur souhaiter.

Mais entretemps, le bateau sera baptisé et la marraine devrait être la fille de la dernière bénéficiaire de la charité Terrisse. Donner du sens aux choses, toujours…


6 réflexions sur “L’Ange-Gardien, navire du corsaire agathois Claude Terrisse renait grâce à Michel Rézé

  1. Bonjour Michel Rézé, bravo pour la restauration de cet ancien bateau de pêche et surtout pour lui redonner la dimension d’un bateau historique « L’Ange-Gardien ». Quel exploit, courage et passion de la mer, c’est magnifique.
    Je vous connais bien puisque j’ai participé au dernier Raid Araur en 2019 je crois, je fais parti de l’association
    Voile Latine de Sète et également de l’Association « le Loud », bateau emblématique des Iles Kerkennah en
    Tunisie. Actuellement, nous sommes en train de restaurer au chantier de Voile Latine de Sète l’un des derniers
    exemplaire voilier de pêche Tunisien du type LOUD, d’une grande valeur patrimoniale et historique ; Nous somme à la recherche d’un mât 11,50m environ, un poteau électrique de 12 m nous ferais l’affaire, si vous pouviez nous
    indiquer comment s’en procurer un, ce serai sympa.

    Bien Amicalement,

    Antoine Formosa

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  2. Bonjour je suis membre d’un club de modélisme et j’aimerais bien obtenir le plan de l’ange gardien afin de réaliser une maquette de ce voilier sachant qu’on fait beaucoup d’expositions et c’est surtout pour rêver de cette histoire sachant que je m’appelle Terrisse bien qu’il n’avait pas de descendant mais bon la fierté est quand même là merci de donner suite à ma requête bien sûr je réglerai tous les frais

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