Beauduc : le hameau du bout du monde

Après m’être égaré deux fois sur des chemins incertains, voici enfin la bonne piste. Je la reconnais grâce aux deux bornes qui limitent le gabarit des véhicules pouvant accéder à la côte. Cela serait impossible pour des camping-cars, des caravanes modernes et autres gros 4×4. Je rabats les deux rétroviseurs et avance doucement. Il doit y avoir quelques centimètres de marge de chaque côté. A partir de là, il me faudra vingt bonnes minutes pour parcourir la piste qui sillonne entre les étangs et atteindre le parking. Etendues à la beauté sauvage, sans la moindre habitation, où nul obstacle ne s’oppose au mistral.

J’arrive enfin au bout du chemin où une cinquantaine de véhicules forment un campement improvisé : combi VW, breaks aménagés pour pouvoir y dormir, petites caravanes des années 70, tentes… Des bois flottés ont été dressés en tipi, des rubans qui tournent au vent évoquent des moulins à prière, tandis que quelques drapeaux claquent sous les rafales du mistral qui souffle à plus de 80 km/h ce jour-là. Voilà qui va ravir tous ces touristes français et étrangers venus ici par gout pour la vie au grand air et l’amour de la glisse. Car tous sont plus ou moins véliplanchistes ou kitesurfeurs, venus vivre le temps de quelques jours ce qui s’apparente à un rêve californien des années 60.

Sans eau courante ni toilettes, le premier commerce (à Salin de Giraud) à une quarantaine de minutes, voilà qui doit réguler naturellement la durée du séjour.

Le ballet des voiles derrière la dune

Je franchis la dune et me retrouve sur la plage. Les rafales m’obligent à marcher courbé et les lunettes de soleil sont indispensables pour se protéger du sable qui vole. Malgré cela, quelques dizaines de mordus glissent sur l’eau à des vitesses impressionnantes. Les plus virtuoses osent des sauts et se permettent à quelques mètres de hauteur des figures acrobatiques. Pas de doutes, ceux qui sont sur l’eau aujourd’hui maitrisent leur sujet et je passe un long moment à les admirer.

C’est un reportage étonnant vu à la télévision il y a quelques années qui m’a donné envie de venir ici. On y voyait une file de véhicules (camping-cars, caravanes) attendre l’ouverture de la piste qui les conduirait à leur coin de paradis. Ce chemin, ouvert uniquement quelques mois par an à la belle saison, menait à cette plage qui devenait alors un immense camping sauvage le temps de l’été. Les habitués (retraités pour la plupart) venaient donc la veille de l’ouverture et passaient la nuit dans leur véhicule pour être les premiers sur place et retrouver leur emplacement favori face à la mer où ils passeraient la saison estivale. Depuis, cette pratique a été interdite et la seule piste est désormais celle que j’ai empruntée, restreignant de fait l’accès aux gros véhicules.

Le golfe de Beauduc constitue une encoche dans la côte rectiligne de la Camargue. On peut considérer qu’il commence aux Saintes-Maries-de-la-Mer et se termine à la pointe de Beauduc où la côte repart résolument vers l’est et le golfe de Fos. Une dizaine de kilomètres séparent la ville des Saintes de la pointe. C’est une zone où la navigation doit être pratiquée avec prudence à cause de la petite profondeur et des bancs de sable sans cesse en mouvement. Mais ces conditions (faible hauteur des fonds et vent fréquent) sont justement idéales pour les sports de glisse, d’où le succès de ce spot.

Je longe la plage vers le sud. Plusieurs bateaux de pêche (des petits métiers) y sont au mouillage, tirant sur leur chaine à chaque rafale. Des containers remplis de filets et autres engins de pêche occupent un ponton flottant. Un peu plus loin, une petite crique abrite quelques embarcations de plaisance.

Je scrute la côte attentivement et je finis par voir ce que je suis venu chercher : quelques habitations basses et discrètes émergent à peine d’une rare végétation. Je me retrouve bientôt devant un hameau de cabanes. Celles qui font face à l’étang jouissent d’une vue imprenable.

Je les contourne et me voici sur la place principale autour de laquelle est organisé le village. Bienvenu aux Cabanes du Sablon. Je me balade tranquillement entre les baraques, caractéristiques de ce type d’habitat : matériaux de récupération ingénieusement agencés, cuves à eau de pluie, panneaux solaires, bois flottés…

Je m’approche de l’une d’entre elles et engage la conversation avec le couple qui l’occupe. Retraités de Saint-Martin-de-Crau, ils séjournent ici chaque été, loin des vicissitudes du monde. Ils entretiennent soigneusement leur habitation, que madame est en train de repeindre. Comme leurs voisins, ils vivent ici en totale autonomie. L’électricité comme l’eau courante n’arrivent pas jusque là, alors ils récupèrent l’eau de pluie dans la citerne de 9000 litres, et produisent de l’électricité avec les panneaux solaires.

Un cabanier heureux…

Ces conditions impliquent de vivre à l’économie et quelques litres suffisent à la douche quotidienne. Les cabaniers sont regroupés en association, laquelle est présidée par un pêcheur du golfe, l’un des trois à vivre sur le site à l’année. Maintenir le site propre, ne pas faire de vagues, sont des conditions nécessaires pour pouvoir continuer à occuper ces lieux où la règlementation est aussi mouvante que les marécages qui entourent le hameau. Bref, pour vivre heureux, soyons discrets…

Je retourne au parking par la piste réservée aux habitants de ce petit coin de paradis, retrouve le campement des amateurs de glisse et prends la voiture. Une fois passé les bornes à gabarit, je m’arrête et monte à la Tourvieille, ancienne tour de guet qui contrôlait le passage des navires dans un ancien bras de Rhône qui passait à proximité. Du haut de la tour, le paysage plat et sauvage de la Camargue s’impose entre marécages et anciennes salines. Un décor dur et beau à la fois. Dans le lointain, on distingue les phares de Beauduc et Faraman qui signalent la côte et ses hauts-fonds. A l’opposé, les Alpilles et même le Ventoux dans le lointain sont les seules aspérités qui accrochent la vue. Comme un point de repère pour ne pas perdre l’équilibre dans ce territoire envoutant…

Pour accéder à Beauduc, prendre à Arles la direction de Salin de Giraud (D36). Quand vous arrivez à Salin de Giraud, c’est que vous avez manqué la bifurcation, quelques kilomètres auparavant, sur la droite en venant d’Arles (D36C)… Assurez vous que votre véhicule peut passer le gabarit, puis bonne route sur les 8 km de piste…

Ci-dessous, voiture passant le gabarit (euh… C’est la voiture qu’il faut regarder…)


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