Le grau de Leucate et ses ostréiculteurs

Le froid vif de ce mois de décembre est à peine atténué par le soleil qui tente, de sa faible hauteur, de réchauffer les femmes et les hommes qui s’activent sur le chenal. Pas de vent aujourd’hui, et une étonnante brume d’où émerge, tout au fond de l’étang, le Canigou enneigé. Un grau (espace où l’étang communique avec la mer) est toujours un lieu envoutant. Celui de Leucate, le plus proche de la falaise, est le lieu où les ostréiculteurs ont implanté leurs cabanes.

Le Canigou, la brume, l’étang

L’histoire commence au début des années soixante, quand les premières concessions sont attribuées aux pionniers de l’ostréiculture leucatoise. Puis, la profession s’organise et les ostréiculteurs de l’étang se regroupent au grau, de part et d’autre du chenal. En ce début décembre, l’activité est intense pour les quelques vingt-cinq entreprises implantées ici. Le va-et-vient des barges est incessant entre les tables installées dans l’étang et les établissements alignés le long du chenal.

Le grau de Leucate

La plupart des ostréiculteurs proposent la dégustation sur place. Le hasard me conduit au mas Les Oranges de la Mer du producteur David Murcia. Soyons honnête : j’avoue que le nom choisi pour le mas y est pour quelque chose. Les Oranges de la Mer est en effet le titre du livre de Georges J. Arnaud, publié en 1994 et qui raconte la vie d’une famille installée sur le lido de Leucate, entre mer et lagune, à l’orée du 20ème siècle. Un jour, suite au naufrage d’un bateau remontant sa cargaison d’Espagne, la mer se couvrit d’oranges… Henry de Monfreid, autre habitué des lieux, raconte d’ailleurs aussi un épisode semblable dans ses souvenirs d’enfance.

Revenons-en au mas où l’ambiance est particulièrement conviviale. Après avoir dégusté une douzaine d’huitres (excellentes) de l’étang, on m’autorise à passer derrière, dans l’atelier. Là, plusieurs personnes s’activent à coller les naissains au ciment sur la plaque. Les naissains, ces huitres jeunes, viennent d’Atlantique, de Vendée pour la plupart. Sept-cent-cinquante-huit huitres sont ainsi fixées au ciment sur la plaque. Celle-ci sera ensuite apportée sur le parc, sur l’une des dix-huit tables que comporte la concession. Elles y passeront au minimum neuf mois pour atteindre la taille convenable. Chaque table produira ainsi sept à huit tonnes d’huitres.

Les huitres collées au ciment

Ensuite, mes pas me conduisent vers la passerelle qui enjambe le grau. De là, la vue est imprenable sur l’activité qui règne ici. Des barques qui entrent ou sortent en permanence, des plaques que l’on déplace, des huitres enfin dans leurs filets pour l’opération d’affinage.

Je reviens au bord de l’étang. Depuis ce matin, une étrange brume figée au ras de l’eau donne à la lagune un aspect féérique. Le port se distingue à quelques kilomètres de là. La lagune, avec ses 5 400 ha est l’une des plus étendues de notre littoral. D’une profondeur moyenne de deux mètres, elle est appelée étang de Salses au sud, étang de Leucate au nord, et constitue un espace qui a su garder son aspect sauvage sur une grande partie de ses rives. Le vent qui souffle ici près de trois-cents jours par an en fait un paradis pour les véliplanchistes et autres kitesurfeurs.

Les tables des ostréiculteurs
Barrages de filets sur fond de Canigou enneigé

Mais aujourd’hui, par ce froid vif et l’absence totale de vent, elle est uniquement le domaine des pêcheurs qui ont dressé leurs barrages en travers de l’étang, des ostréiculteurs qui poursuivent leur incessant manège entre les tables d’huitres et le grau, et des incorrigibles rêveurs, les yeux perdus dans le lointain, face à cet incroyable miroir qui reflète au loin les montagnes enneigées.

Allez voir les ostréiculteurs du grau de Leucate. Vous y serez chaleureusement accueillis et le site vaut le coup d’œil, je vous le garantis…


4 réflexions sur “Le grau de Leucate et ses ostréiculteurs

  1. Merci, je suis devenu subitement plus savant sur l’art ostréicole….Et bravo de préserver votre environnement et vos activités ancestrales….Ce qui n’est pas le cas de ma Côte d’Azur bétonnée, goudronnée, vampirisée, livrée en pâture à la voracité immobilière et où les ports ne sont que de plaisance….

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  2. Merci Hervé.
    Je suis une fois de plus bouleversé par tes images, tes descriptions, qui font remonter au plus profond de mes souvenirs des découvertes, des émotions, des moments de partage avec des êtres aimés, en symbiose avec cette nature encore respectée.
    Merci de contribuer à cette pérennité.
    Daniel

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