Vendres et son étang : du temple de Vénus à l’ancienne embouchure de l’Aude

Vendres (prononcer Vindres sous peine de passer pour un parisien…) dans le département de l’Hérault présente toutes les caractéristiques de ces villages languedociens en milieu lagunaire. Il est construit à quelques kilomètres du rivage, sur une colline. De quoi se prémunir à la fois de la montée des eaux et d’éventuels agresseurs arrivant par la mer.

Peuplé depuis les temps préhistoriques par des agriculteurs pêcheurs, le site séduit ensuite les romains. C’est au Moyen-Age que le village prend sa forme actuelle. Il surplombe alors une vaste et riche lagune capable d’accueillir les bateaux y entrant par son grau. Mais en 1316, un évènement majeur va modifier la configuration des lieux. Suite à une inondation exceptionnelle, l’Aude dont l’embouchure se situait alors dans l’étang de Bages change son cours et vient se déverser dans celui de Vendres. Au cours des décennies suivantes, les alluvions apportés par le fleuve vont combler progressivement l’étang pour lui donner finalement l’aspect qu’il a aujourd’hui. Le fleuve débouchera dans l’étang jusqu’à la fin du 18ème siècle où il prendra alors un peu plus au sud le cours qu’on lui connait aujourd’hui avec son embouchure aux Cabanes de Fleury.

On flâne avec plaisir dans les ruelles étroites au caniveau central, longeant de belles bâtisses aux façades rénovées et quelques témoins de l’époque médiévale comme l’église. Près de l’ancienne porte sud (portal vielh), une placette offre une vue imprenable sur les toits du village et au-delà, l’étang et ses espaces de sansouïre (zones humides où règne la salicorne).

Au fond de la placette, l’église

A quelques centaines de mètres du village, en bordure d’étang, un sentier chemine en lisière de la roselière qui fut l’une des plus importantes du littoral jusqu’aux années 1990. Nous sommes ici sur les terres du Conservatoire du Littoral. Le chemin conduit aux vestiges du temple de Vénus, divinité qui a donné son nom au village (Port-Vendres dans les Pyrénées Orientales a la même étymologie).

Vestiges de la villa romaine (temple de Venus)

Recherches faites, il s’agirait non pas d’un lieu de culte, mais d’une villa romaine. Probablement la demeure de l’un de ces riches patriciens qui pouvaient se permettre de construire en bord de lagune. La dimension de la villa (qui avec ses dépendances s’étend alors sur un hectare), les marbres, enduits peints et mosaïques qui ont été retrouvés, la présence de thermes témoignent de sa richesse passée. Aujourd’hui, les vestiges des murs donnent une faible idée de ce que fut cet établissement. Au promeneur de l’imaginer.

Avant de poursuivre la balade le long de l’étang, il faut monter à flanc de la pente qui mène au village auprès des restes de l’aqueduc. Sa présence est attestée dès le moyen-âge. Était-il plus ancien et en lien avec le système permettant d’alimenter en eau les thermes de la villa de Vénus ? En tout cas, le point de vue sur la lagune vaut à lui seul le détour.

Vestiges de l’ancien aqueduc

Une promenade aménagée pour les piétons et cyclistes permet de longer l’étang vers l’est, puis le sud. On chemine alors le long de ces zones humides, entre roseaux et sansouïre.

L’autre site remarquable se situe à l’opposé de l’étang que je vais contourner en voiture en passant du côté de la mer. Petite halte à huit kilomètres de là, à Port Chichoulet ; le bassin qui abrite les bateaux a été creusé tout près du fleuve Aude, à quelques centaines de mètres de l’embouchure, juste en face du Port des Cabanes. C’est ici que l’étang communique avec la mer grâce à un système complexe de canaux.

A Port Chichoulet, la plage est toute proche. Après les coups de mer du dernier épisode méditerranéen, elle est couverte de roseaux que des locaux s’empressent de ramasser.

« C’est pour le jardin » me dit une femme qui passe avec une pleine brassée.

Je remonte ensuite en voiture le cours de l’Aude ; des bateaux y sont amarrés sur des pontons en plus ou moins bon état. Voici le barrage anti-sel, ouvrage amovible piloté par des vérins et qui a pour but d’empêcher les flots salés de remonter plus haut, là où l’eau du fleuve est utilisée pour l’arrosage des cultures. Mais en ce jour où l’Aude est quasiment en crue, le barrage est abaissé en partie et les eaux de la rivière se déversent avec force et se heurtent au flot qui remonte de la mer, créant des remous où il ne ferait pas bon se trouver.

Encore quelques kilomètres sur une route plutôt étroite et nous voici sur le lieu de l’ancien lit de l’Aude. Là, un petit canal embranché sur le fleuve court en direction de l’étang de Vendres. Il est probable qu’il suive l’ancien cours du fleuve, quand au 18e siècle ce dernier finissait sa course dans l’étang de Vendres.

La route qui longe ce canal est fort étroite et plus adaptée aux piétons et vélos qu’aux voitures. Un peu plus loin, le canal se divise en plusieurs branches lesquelles aboutissent finalement dans l’étang. Quant à la route, elle se scinde aussi en un réseau de chemins qui se multiplie à l’infini pour offrir autant de possibilités de balades, à condition que les eaux ne soient pas trop hautes. Et là, entre sansouïre et roselière, il ne reste plus qu’à imaginer l’estuaire du fleuve, il y quelques deux-cent-cinquante ans, quand l’Aude se déversait encore dans l’étang.


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