Le Seaquarium du Grau-du-Roi : faire découvrir et sensibiliser

La nuit commence à tomber en cette fin d’après-midi de novembre quand nous nous présentons au Seaquarium. Avant d’entrer, je ne peux m’empêcher de jeter un coup d’œil sur le front de mer : le soleil qui se glisse entre les nuages illumine de sa lumière rasante tout le golfe d’Aigues-Mortes. Juste en face, les pyramides de la Grande-Motte projettent leurs silhouettes sur fond de pic Saint-Loup. Sur la gauche, Sète semble une île toujours plus singulière.

Sète, depuis le Grau du Roi

Nous sommes accueillis chaleureusement par Pauline, chargée de projets mission-recherche à l’institut marin, qui nous dresse un rapide historique de l’établissement.

Créé en 1989, il a pour vocation à l’origine d’être un lieu dédié à la pêche locale et à la mer. Un musée présente le patrimoine maritime de la région et un aquarium est aménagé pour permettre à la population locale de découvrir les poissons de Méditerranée. Rapidement, ce dernier se développe et devient l’attraction principale du site. Il s’ouvre aux espèces tropicales et accueille dès 1991 ses premiers requins. Au fil du temps, l’aquarium connaitra plusieurs extensions jusqu’à sa configuration actuelle : 2400 m2 consacrés à la vie marine, plus de 2000 poissons, 25 espèces de requins, des phoques et des otaries, et toujours un espace destiné à la pêche locale installé au sein de la boutique.

La visite commence par les espèces présentes sur nos côtes. Mérous, sars, daurades de belle taille, mais aussi oursins, étoiles de mer, hippocampes… D’un aquarium à l’autre, nous voici désormais au milieu des espèces tropicales où le poisson-clown nous projette dans le monde de Némo. Innovation de ces dernières années, une bulle en plexiglas permet de de se trouver au milieu de ces poissons qui vous tournent tout autour.

Un peu plus loin, nous parcourons le tunnel à requins qui fut en son temps le premier en Europe. Les squales nous frôlent à droite, à gauche, au-dessus. Une occasion unique de les voir évoluer avec autant de grâce dans leur milieu naturel. 30 espèces de requins sont représentées ici sur les 59 présentes en Méditerranée (et 651 recensées sur l’ensemble de la planète). L’équipe des soigneurs plonge régulièrement parmi eux, sans aucune crainte car les squales étant nourris, ils n’ont aucune envie de s’attaquer à l’homme. Pour autant, rester derrière la vitre me convient parfaitement.

Depuis le tunnel aux requins

Un escalier nous mène en surface où l’on accède au bassin des mammifères marins, créé en 2001. Là, plongés dans le million de litres d’eau de mer nécessaire à leur bien-être évoluent phoques communs et otaries de Patagonie. Ces animaux de plusieurs quintaux se déplacent avec une grâce qu’on leur envie et quand ils sortent de l’eau, c’est pour nous fixer avec leur bonne bouille aux yeux qui paraissent toujours étonnés.

Tout en poursuivant la visite, Pauline nous explique l’évolution des aquariums ces dernières décennies, visant à faire connaitre ces espèces que le grand public ne pourrait jamais approcher tout en prenant en compte le bien-être animal. Chaque animal d’une espèce protégée comme les tortues par exemple fait l’objet d’une fiche de suivi qui précise dans quelles conditions il a été acquis : acheté à un autre aquarium, récupéré malade ou blessé et dans l’impossibilité de survivre seul en milieu naturel, né sur place.

Le Seaquarium enregistre en effet un nombre important de naissances et des nurseries permettent de les faire grandir en sécurité. Depuis 2003, le bouturage de coraux permet par exemple de présenter au public plus de 30 espèces différentes sans prélèvement en milieu naturel.

Au fil des années, le Seaquarium s’est enrichi d’activités connexes.

En 2003 est créé en son sein le CESTMed, association ayant pour objet la protection des tortues marines en soignant des animaux blessés ou malades. C’est ainsi que Tomahawk, tortue caouanne blessée par une hélice de bateau fut récupérée et soignée ; elle coule depuis des jours heureux au Seaquarium. Le CESTMed est reconnu depuis 2007 Centre de soin des tortues marines.

Depuis 2012, en partenariat avec Peau Bleue, une association scientifique et naturaliste, le Seaquarium participe à des campagnes de suivi des hippocampes à museau long, dont une importante colonie a été découverte en 2007 sur le banc de sable de l’Espiguette. La veille au soir (nous sommes fin novembre…), Pauline effectuait d’ailleurs une plongée sur ce site dans le cadre de cette mission.

En 2017, le Seaquarium s’engage dans la lutte contre les déchets en mer : des espaces sont créés pour sensibiliser le public, des déchets factices réalisés en résine sont immergés dans des aquariums pour illustrer l’impact de la pollution. Un tableau lumineux fait défiler les chiffres en direct de la production mondiale de plastique dans le monde, production qui a explosé ces dernières années (près de 400 millions de tonnes).  Seconde après seconde, le nombre évolue de façon impressionnante.

Sensibiliser aux déchets en mer, une autre mission du Seaquarium

Autre exemple, la participation à SeaClean programme issu d’une initiative citoyenne locale et ayant pour but la collecte des déchets marins rapportés par les pêcheurs dans leurs filets en vue de les recycler. Confiés à une entreprise, ils connaissent ainsi une deuxième vie. Sur une année, une tonne trois cents a été récupérée. Chiffre dérisoire comparé aux 700 tonnes déversées quotidiennement dans la mer intérieure, mais il faut bien un début à tout.

Pauline a rejoint l’équipe du Seaquarium (34 salariés permanents) il y a six ans. Chargée de projets mission-recherche, elle doit développer ces activités ; d’où sa participation active aux sujets évoqués ci-dessus. Après des études d’ingénieur en agronomie et environnement, elle travaille d’abord sur l’érosion du trait de côte au niveau de l’Espiguette, puis sur la revalorisation du canal du Rhône à Sète (plus spécifiquement sur les aspects patrimoine, tourisme et biodiversité) avant d’intégrer l’équipe du Seaquarium. Passionnée par ce qu’elle fait, on l’écouterait parler pendant des heures.

Pauline, passionnante et passionnée

J’ai toujours adoré le Grau-du-Roi, son canal, son phare, ses chalutiers qui reviennent en fin d’après-midi avec leur panache de mouettes et son ambiance de port méditerranéen. Le Seaquarium est une raison supplémentaire d’y retourner. Pour le bonheur des grands et des petits.

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