De Collioure à Canet

Quitter Collioure pour se diriger vers les nord, c’est longer les quelques derniers kilomètres de côte rocheuse. On découvre alors la petite plage de sable du Racou qui vient buter sur la muraille rocheuse. Elle marque le début de la côte basse et

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Plage du Racou

sablonneuse qui se prolonge jusqu’à Marseille, soit un arc de cercle de près de 150 milles de développement (280 kilomètres).

L’escale à Argelès est l’une de mes préférées, à la frontière entre ces deux mondes. La ville d’Argelès se situe en retrait, à l’abri de l’agitation des plages. Ses ruelles aux façades colorées, ses marchés animés lui donnent tout son charme. Place des Castellans, à deux pas de l’église, la Casa de l’Albera propose un aperçu de ce territoire, de ses métiers et de ses traditions. On y découvre aussi des films sur les événements marquants du siècle passé, comme la Retirada en 1939 ou l’arrivée des rapatriés à Port-Vendres en 1962.

Si on longe les quais le matin, on assiste à l’arrivée des pêcheurs qui vendent le poisson tout juste sorti de l’eau sur des étals face aux bateaux. Un petit pont enjambe la Massane, le ruisseau qui abrite des bateaux à moteurs à faible tirant d’eau.

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Rive nord commence la station d’Argelès avec ses plages et ses campings. Le long de la promenade du bord de mer, quelques belles bâtisses rappellent que tout commença à la fin du XIXe siècle, quand de riches familles de la région firent construire ces demeures directement sur la grève, face à la mer. La Villa Oasis (1898) en est l’un des derniers témoignages.

La promenade se poursuit vers le nord. Face à l’hôtel Le Lido s’élève un mémorial rappelant que 70 000 républicains espagnols furent internés ici-même en 1939, lors de La Retirada, l’exil des républicains espagnols devant l’avancée des troupes

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Commémoration près du camp d’Argelès

franquistes. Longtemps oubliée, l’histoire du camp d’Argelès est désormais réhabilitée ; en 1999, une stèle commémorative fut installée et inaugurée devant plus de 1 000 personnes venues du monde entier. Depuis, régulièrement, des commémorations rendent hommage aux hommes, femmes et enfants qui vécurent de si longs mois sur cette plage balayée par les vents.

Peu après Argelès se profile l’embouchure du Tech, encore sauvage et peu fréquentée. Ce petit fleuve côtier sépare les communes d’Argelès (au sud) et d’Elne (au nord), et se trouve au cœur de la réserve naturelle du Mas Larrieu, les terrains appartenant au Conservatoire du littoral. Pour y accéder, il faut garer le véhicule et continuer à pied sur des chemins ensablés.

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Embouchure du Tech

Et oui, le paradis, ça se gagne ! Rapidement, on sort de la végétation pour se retrouver sur la plage. En se rapprochant du fleuve, les branches et les troncs rejetés par la mer se font plus nombreux, jusqu’à former de véritables empilements de bois flottés. Le sol change également : le sable devient plus grossier, est remplacé progressivement par des cailloux, puis des galets. Arrivé à

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l’estuaire, le charme est au rendez-vous : le fleuve surgit, s’extrait de sa végétation, serpente dans le sable comme pour mieux trouver son chemin et oblique vers le nord pour se jeter dans la mer. On passerait des heures à observer les oiseaux ou le jeu subtil de l’eau douce mollement refoulée par les vagues.

Encore quelques kilomètres vers le nord et voilà Saint-Cyprien. Face à la capitainerie, un chalutier rappelle que le port n’est pas réservé qu’à la plaisance. Le vieux Saint-Cyprien se situe en retrait de la côte. Issu d’une villa romaine, un bourg s’y

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Chalutier à Saint-Cyprien

constitue au Moyen Âge. Il restera dos tourné à la mer jusqu’au milieu du XXe siècle. Saint-Cyprien sera retenu comme l’un des sites de la Mission Racine d’aménagement du littoral. Creusé en 1967, le port accueille ses premiers bateaux dès l’année suivante ; les marinas seront construites peu après. La plage, protégée par des épis rocheux, est bordée d’immeubles de petite taille.

En quittant Saint-Cyprien par la départementale D81A qui rejoint Canet, la route circule entre la mer et l’étang de Canet-Saint-Nazaire. Pendant 5 kilomètres, nous suivons une côte dépourvue de toute construction. Des ganivelles, ces sortes de clôtures en bois de châtaigner, retiennent le sable et protègent la dune, s’opposant ainsi à l’érosion et la progression des eaux.

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Lido de Saint-Cyprien à Canet
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Ganivelles

C’est un vrai bonheur de s’y promener, étang d’un côté et mer de l’autre. La piste cyclable permet de le faire en toute tranquillité. Bientôt, un pont enjambe le grau (du latin gradus, passage), le chenal naturel reliant le lac à la mer.

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Quelques centaines de mètres plus loin, plusieurs cabanes de roseaux se dressent au bord de l’eau. Ce petit hameau comporte une dizaine de baraques, reconstruites au début des années 1990 sur le modèle de celles, nombreuses, qui parsemaient auparavant le littoral. Faites de roseaux et de bois de châtaignier, elles abritent le matériel (piquets, filets, trabaques…) de la trentaine de pêcheurs de l’étang, lesquels perpétuent la pêche ancestrale de l’anguille. Ces cabanons, qui possèdent tous une cour fermée ainsi que deux pièces pour manger et se reposer, sont orientés de la même façon, offrant leur dos rond au vent dominant, la Tramontane.

C’est un bon point de départ pour explorer l’étang de Canet. Long de 4 kilomètres, d’une superficie d’environ 1 000 hectares et d’une profondeur d’un mètre, il constitue une réserve naturelle riche pour la faune et la flore. Espace classé, il est longé par un sentier de découverte qui permet d’observer plus de 200 espèces différentes d’oiseaux, dont des colonies importantes de flamants. En début ou en fin de journée, les jours sans vent, la lagune se teinte de couleurs douces dans lesquelles le Canigou vient se refléter. Le temps semble alors s’arrêter, là, au bord de l’étang de Canet.

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Une cabane et ses roseaux
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Intérieur : domaine des pêcheurs, et des chats…

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Canet-en-Roussillon est une charmante bourgade des Pyrénées-Orientales. Comme beaucoup de villages de cette côte basse et sablonneuse, Canet a été construit quelques kilomètres en retrait du rivage. Les pêcheurs avaient alors coutume de tirer leur barque sur le sable une fois leur journée terminée. Puis s’est créé Canet-Plage, dont le port accueille aujourd’hui quelque 1 000 bateaux.

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La caractéristique du port de Canet est d’abriter le plus grand rassemblement de vieux gréements de la région. Alignés le long du quai Florence Arthaud se balancent tranquillement barques catalanes, goélettes, Tahiti ketches, et bien d’autres encore. Il y a quelques années s’y trouvait même une réplique de drakkar.

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Un peu plus loin, un gréement de boutre arabe attire inévitablement l’attention : c’est l’Obock, le bateau de Daniel de Monfreid, fils d’Henry, et dont l’histoire extraordinaire vous sera contée prochainement…

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L’Obock dans le port de Canet
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