Un peu d’histoire

Des temps anciens à la Gaule romaine

Ce littoral est occupé depuis très longtemps et de nombreuses traces attestent la présence permanente de l’homme en de nombreux endroits. On peut penser que la mer et ses ressources naturelles (poissons, coquillages) ont contribué à fixer des habitants sur ces rives. En certains lieux particulièrement abrités, des navires vont prendre l’habitude de s’arrêter et commercer avec les populations locales. Parmi les plus anciens, Agde. Situé à l’embouchure de l’Hérault, le lieu est successivement habité par les Ligures, les Ibères et les Volsques Tectosages. On sait que ce site fut fréquenté par les phocéens dans les années 600 av JC. Agathé Tyché devient alors l’un des comptoirs grecs de Méditerranée occidentale avant de devenir deux siècles plus tard colonie massaliote. Un peu plus à l’est, Lattes (Lattara) est aussi un port antique du Vème siècle av JC. Au pied des Pyrénées, Collioure (Caucoliberis, soit le port d’Illeberis, c-à-d d’Elnes) connait aussi la fréquentation des navires de commerce.

Enfin, près de l’actuelle Narbonne, des débarcadères s’installent près des oppidums du Moulin (Peyriac de Mer), de Pech-Maho (Sigean) et de Montlaures (Narbonne) et reçoivent la visite de navires grecs et carthaginois.

En 118 av. JC, l’ensemble du territoire devient province romaine. Et Narbonne va en devenir le port principal. Il y a plusieurs raisons à cela.

Tout d’abord, la proximité du fleuve Aude (Atax) qui permet de remonter les marchandises à l’intérieur des terres, voire même d’atteindre l’Atlantique via la Garonne. Ensuite par la présence des oppidums qui sont des centres dynamiques et opulents. Enfin, parce que la configuration de la côte offre en ce temps-là des mouillages abrités des tempêtes d’est et de sud-est. En effet, à cette époque, un chapelet d’îles longe le littoral ; il s’agit des actuelles collines gruissanaises de Pech Maynaud, du Pech des Moulins et de la Tour Barberousse, de l’île Saint-Martin, de l’île Sainte-Lucie et de l’île de l’Aute, toutes rattachées aujourd’hui au continent mais dont le nom actuel est significatif. Elles constituent autant d’abris derrière lesquels les navires peuvent s’abriter des vents et tempêtes du large.

Par ailleurs, avant le début de notre ère, l’Aude forme un delta. Le fleuve se divise en deux à l’emplacement actuel de Sallèles d’Aude. Le bras nord suit à peu de choses près le lit du fleuve que nous connaissons aujourd’hui. La branche sud emprunte plutôt le cours de l’actuel canal de la Robine. Au moment de la fondation de Narbonne par les Romains, ces îles sont déjà plus ou moins reliées à la côte. En effet, une bande de sable (le lido) s’est formée, constituée entre autres par les sédiments apportés par l’Aude, et transformant ainsi le golfe en une lagune quasiment fermée. Seules quelques passes (les graus) permettent de pénétrer dans ce qui est devenu le grand lac marin narbonnais (lacus Rubresus, ainsi nommé à cause de la couleur rougeâtre de ses eaux). Il s’agit des graus de La Nouvelle, de la Vieille-Nouvelle et du Grazel au niveau de Gruissan.

À l’intérieur de cet abri formidable, des avant-ports vont se développer. Les marchandises y sont transbordées des navires venus du large sur des barques à fond plat (les allèges) capables de remonter l’un des bras de l’Aude jusqu’à Narbonne.

Dans la lagune, plusieurs débarcadères vont se créer, les plus importants connus à ce jour étant situés à Mandirac (où l’embouchure de l’Aude fut canalisée), à Capelles (site actuel de Port-la-Nautique) et au pied de l’île Saint-Martin.

Ces différents avant-ports n’ont pas tous fonctionné en même temps. Au fur et à mesure qu’un grau s’ensablait, ou que le lit du bras sud de l’Atax se déplaçait, plusieurs de ces avant-ports étaient progressivement abandonnés tandis que d’autres se développaient.

Le système portuaire narbonnais fut donc, pendant des siècles, constitué de ces quelques débarcadères dispersés dans la lagune, la ville de Narbonne n’étant elle-même qu’un port fluvial (situé au lieu-dit Les Barques, juste avant le pont des Marchands). Cette situation privilégiée fit dire à Strabon (géographe grec du 1er siècle de notre ère) que Narbonne « est le port de la Celtique tout entière tant il surpasse les autres par le nombre des entreprises auxquelles il sert de place de commerce ».

Un si long Moyen-âge

Après la chute de Rome commencent de longs siècles d’instabilité, et d’invasions diverses et variées (vandales, wisigoths, Sarrazins…) qui ne vont pas contribuer au développement du littoral. Le commerce, si florissant pendant la période romaine connait un fort ralentissement. Si l’ancien grand port romain de Narbonne continue d’accueillir des navires, son activité diminue fortement, soumise également aux caprices du cours de l’Aude qui change régulièrement et envase progressivement la lagune dans laquelle elle se déverse. Lattes et Collioure connaissent le même déclin ; mais l’activité maritime commerciale, même réduite, ne disparaît jamais complètement.

 

Au cours de ces siècles naissent aussi des villages côtiers ; ils présentent tous la même configuration : bâtis pour la plupart sur le site d’une ancienne villa romaine, construits sur un éperon et à une certaine distance du rivage pour être à l’abri des coups de mains ainsi que des coups de mer, ils se placent bientôt sous la protection d’une tour ou d’un petit château. Argelès, Canet, Saint-Cyprien, Saint-Laurent-de-la-Salanque, Leucate, Gruissan, Fleury, Sérignan, Frontignan, Mauguio apparaissent à cette période là. Leurs habitants pêchent en mer et dans les étangs. Le soir, les barques sont tirées sur la plage ; quand la configuration le permet, on les rapproche du village par les étangs.

Au début du XIème siècle, ce sont les cités maritimes italiennes (Gênes, Pise, Amalfi, puis plus tard Venise) qui vont sortir le commerce du golfe de sa léthargie. On assiste en parallèle au développement rapide de Perpignan (avec Collioure comme débouché sur la mer) et Montpellier (avec son port de Lattes, puis plus tard d’Aigues-Mortes). De son côté, Narbonne redevient une place industrielle (industrie drapière) et commerçante de premier plan. Cette renaissance va donner lieu tout d’abord à un commerce local restreint à l’intérieur du Golfe, puis de plus en plus lointain.

Au XII et XIIIème siècle, l’activité ma

ritime du Golfe du Lion peut être décomposée ainsi.

  • Les grandes cités Narbonne et Montpellier (et leurs ports respectifs) font du commerce lointain : villes italiennes, mais aussi le Levant : Beyrouth, Alexandrie, Famagouste (Chypre), Chio, Constantinople, Caffa (colonie Génoise en Crimée) …Des pèlerins sont aussi transportés en Terre Sainte depuis Narbonne ou Saint-Gilles.
  • Les ports de taille moyenne (Sérignan, Agde, Vendres, Vias) pratiquent le cabotage qui mène leurs navires en Provence, jusqu’à Gênes parfois, mais aussi et surtout en Catalogne et aux Baléares.
  • Les autres villages côtiers cités plus haut font essentiellement de la pêche en mer et dans les étangs. Cependant, ils contribuent également à former des marins qui alimentent les flottes des grandes cités voisines.

Le littoral languedocien est alors toujours constitué de lagunes navigables et largement ouvertes sur la mer par des graus permettant le passage de grandes unités.

Un tournant important se situe au XIIIème siècle où, sous la volonté d’un roi va naître un grand nouveau port. Un hameau existe déjà depuis le VIIIème siècle ; bâti au milieu des étangs, il est placé sous la protection d’une tour construite sous Charlemagne. Depuis de nombreuses années, des bateaux venant de Gènes et d’Alexandrie viennent s’abriter dans cette rade naturelle. Mais c’est Saint-Louis qui, ne voulant plus dépendre des navires italiens pour transporter les troupes françaises lors des croisades, décide de faire d’Aigues-Mortes le grand port français de Méditerranée. A cette époque, Marseille est sous la coupe de Charles d’Anjou, roi de Naples, Agde et Narbonne appartiennent au comte de Toulouse tandis que Montpelier est sous tutelle du royaume d’Aragon. Le roi de France veut un port qui lui soit directement rattaché. Il renforce les fortifications existantes et commence des travaux qui s’étaleront sur une cinquantaine d’années. Il embarque deux fois à Aigues-Mortes : pour la septième croisade en 1248 et la huitième en 1270 dont il ne reviendra pas. Pour renforcer son rôle commercial, il lui accorde le monopole du commerce avec le Levant. Toutes les marchandises en provenance de Méditerranée orientales devront y débarquer avant d’être redirigées vers les autres ports du Golfe par cabotage. Aigues-Mortes devient pendant plus d’un siècle le premier port commercial du Golfe. Son déclin commencera au début du XVème siècle avec la fin du monopole et l’ensablement progressif de sa rade.

[A suivre : XVIIème siècle : deux grands projets de port : l’un avorté, l’autre réussi…]

 

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