Sainte-Lucie, l’île lumière

Quand on la voit depuis la mer ou nos plages, elle apparait plutôt comme un vaisseau sombre qui se serait malencontreusement échoué sur le sable. Ce sont les arbres qui la couvrent qui lui donnent cet aspect. Mais en fait, Sainte-Lucie, comme son nom l’indique est une ile lumière, dont le soleil fait exploser couleurs et senteurs.

Sainte-Lucie, colline sombre (à gauche) vue
depuis le grau de la Vieille Nouvelle

Une île, elle en a été une, appartenant à ce chapelet d’ilots qui longeaient la côte et abritaient ainsi la grande baie narbonnaise, qui était alors formée des étangs de Bages, Sigean, Ayrolle, Gruissan. Puis dans l’antiquité s’est formé le lido, ce cordon de sable qui, en réunissant toutes ces îles a isolé la lagune qui ne communiquait plus avec la mer que par les graus, ces passages étroits qui se sont peu à peu resserrés. De ce passé insulaire, elle en a gardé le nom, comme sa voisine l’île Saint-Martin.

Elle appartint pendant un siècle et demi au territoire de la commune de Gruissan. C’est lors de la création de la commune de Port-la-Nouvelle en 1844 que l’île y fut rattachée.

On y accède aujourd’hui par la route depuis Port-la-Nouvelle. On laissera la voiture au niveau de l’écluse. Une autre possibilité est de suivre en vélo ou à pied le chemin qui longe la Robine et qui permet aussi d’y arriver depuis Narbonne ou Gruissan, à partir de Tournebelle. Une fois l’écluse franchie, nous voici sur l’île, sur laquelle les véhicules motorisés sont interdits.

Un sentier permet d’en faire le tour.

En le suivant, on surplombe bientôt l’anse ouverte vers l’ouest, parfait abri des tempêtes de vent marin et qui servit probablement de débarcadère (Cauquène, l’ancien nom de Sainte-Lucie proviendrait de l’ibère kauco : port).

À l’ancienne bergerie, prenons à droite la sente qui redescend doucement. Les restes d’une très vieille église apparaissent bientôt. Au XIIIe siècle, l’île fut vendue à Béranger, archevêque de Narbonne : elle comportait alors une maison, écurie et volalière et une chapelle servant à dire la messe les dimanches et fêtes, pour les gens de la bergerie. La partie la plus récente de l’église (XVIIe siècle) pourrait être celle utilisée par les ermites installés ici en ce temps et dont le monastère, dédié à Sainte-Lucie, a donné le nom à l’île.

En continuant, nous atteignons bientôt d’imposants bâtiments probablement vestiges d’un grand domaine agricole. En remontant sur le plateau, on aperçoit d’abord une belle fontaine, puis des bassins et enfin des bâtisses contenant un vieux pressoir, probablement à huile. Enfin une cour renferme des pierres taillées de forme incurvée qui ont dû servir de support à des fûts de belles dimensions.

Arrivés sur le plateau, le point de vue est magnifique : De là, toute la lagune s’offre au promeneur en un panorama grandiose. Îles de l’Aute et de Planasse, étangs de Bages et d’Ayrolle, grau de la Vieille-Nouvelle. Au fond tel un amer pointe la cathédrale de Narbonne tandis que les chalets de Gruissan se cachent derrière l’île Saint-Martin.

Ile de l’Aute vue depuis Sainte-Lucie

Et tout autour, l’étang réfléchit l’intense lumière du Midi. Au pied de l’île, le canal des romains (voir article du blog de décembre 2020) semble se frayer un chemin sous la végétation. Ce canal servit de débouché au canal de la Robine dans l’étang de Bages afin de sécuriser l’entrée dans le cours d’eau des bateaux qui venaient de la mer par l’étang.

Mais la partie de la lagune à traverser depuis La Nouvelle était trop aléatoire, avec des risques importants d’échouage. Du coup, il fut décidé de prolonger la Robine jusqu’à La Nouvelle, lui donnant l’aspect qu’elle a aujourd’hui. Ce dernier tronçon fut réalisé de 1798 à 1812.

Quant au canal de la Robine justement, tel qu’on le voit filant vers Narbonne, il épouse les courbes de l’île avant d’aller sinuer au milieu des marais.

Canal de la Robine

On peut poursuivre jusqu’au roc Saint-Antoine qui, à 39 mètres d’altitude, constitue la proue de ce navire immobilisé au milieu des étangs. De là et pendant des années, on a pu assister aux évolutions des bateaux qui sillonnaient le golfe narbonnais. Il reste maintenant cette beauté sauvage qui arrête le promeneur et lui impose le silence.

Sur le chemin du retour, le randonneur curieux s’arrêtera sur le site de l’ancienne carrière, dont les pierres servirent à bâtir entre autres la cathédrale de Narbonne, la tour Barberousse à Gruissan et celle de la Vieille-Nouvelle, la jetée de Port Mahon, le prolongement du canal des Romains. Certaines pierres sont encore taillées dans le roc, prêtes à en être extraites, comme si les ouvriers avaient brutalement interrompu leur travail.

Ile de la Nadière et Port-la-Nouvelle vus depuis Sainte-Lucie

Sans le savoir, nous avons passé le site de l’ancienne gare car en 1860, la Compagnie des Chemin de Fer du Midi y avait prévu une halte. Le sentier finit bientôt le tour de l’île et nous ramène à l’écluse.

Propriété du Conservatoire du Littoral, l’île est pour l’instant protégée. Qu’elle le reste longtemps !


4 réflexions sur “Sainte-Lucie, l’île lumière

  1. Superbement raconté comme d’habitude….Je me souviens très bien du littoral que j’ai maintes fois parcouru en train de Nîmes à Port Bou quand j’étais conducteur. Je revois encore cette grande courbe en photo sur le blog. Je me souviens également des rafales de vent dans la région….Ça décoiffe !!….

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  2. Merci pour cette belle présentation de l’île de Ste Lucie. A chaqu,un
    de mes sejours à Gruissan, une à deux matinées sont prévues pour en faire le tour .

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